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Olivier Rolin

Biografie

Olivier Rolin (1947) woont in Parijs. Hij schrijft reisverhalen en essays maar geniet vooral bekendheid om zijn ambitieuze, erudiete en avontuurlijke romans. Tijdens zijn verblijf in Brussel werkte hij samen met de vertaalsters van zijn magnum opus L'invention du monde (De uitvinding van de wereld, 2006), een portret van de wereld op 21 maart 1989, een dag als alle andere en daarom juist zo bijzonder. Rolin haalde het materiaal voor deze krachttoer uit maar liefst 491 kranten van die datum, verspreid over de hele wereld. In 2008 verscheen zijn nieuwe roman Un chasseur de lions en de vertaling van Suite à l'Hôtel Crystal (Suite in het Crystal), een boek vol nauwgezette beschrijvingen van hotelkamers.

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Auteurstekst

Description du bureau d'un résident à Passa Porta

Le plan du bureau affecte la forme d'un trapèze rectangle dont la base mesurerait environ 5m et les deux côtés respectivement 5 et 7m (question pour candidat au bac, de niveau facile à mon avis : calculer la longueur du dernier côté). Les murs sont blancs, le plafond, blanc et cerné d'épaisses moulures, se trouve à environ 3,5m de haut. Une rosace de plâtre en son centre marque l'endroit où a dû être suspendue, autrefois, une installation électrique. Le sol est constitué par un plancher à larges lattes cirées, d'une curieuse couleur café au lait nuancée de rose. Deux portes sont percées aux deux extrémités de la base du trapèze : l'une, généralement fermée, donne sur le palier de l'escalier ; par l'autre, on communique avec le reste de l'appartement. Lorsqu'on pénètre dans le bureau, on trouve d'abord, immédiatement à droite, appuyé contre le mur, un fauteuil de style anglais, à siège revêtu de cuir tête de nègre. Au-dessus, une photo en noir et blanc encadrée, non signée, représente un vieux fauteuil crevé devant une cheminée, dans une pièce évidemment abandonnée. Une vraie cheminée à manteau de marbre rose fait ensuite saillie sur le mur ; son foyer peint d'un blanc immaculé atteste sa fonction désormais purement décorative ; un miroir d'environ 75cm x 1m la surmonte ; j'y contemple ma gueule : un peu bronzée, un peu enflée, cheveux gris trop longs, chemise de lin d'un mauve léger, veste de coton kaki. On trouve ensuite, dans l'angle avec le mur dans lequel sont percées deux hautes fenêtres, un cube roulant de mélaminé noir portant une télé de marque Philips. Au-dessus, encadré, un dessin humoristique signé « Kamagurka » comporte une légende en flamand qui résiste à mes efforts d'interprétation. Il est à remarquer qu'un poste de télévision figure sur ce dessin, et qu'ainsi les deux cadres accrochés à ce mur enferment des images redoublant les meubles dont elles sont voisines (j'espère qu'on me suit).

Deux fenêtres à huisserie de bois peinte de blanc, composée chacune de deux battants d'environ 50cm x 1,50m, sont donc pratiquées dans la paroi faisant face à la porte d'entrée. Elles s'ouvrent au fond de niches peu profondes. Un pilier d'environ 1,20m de large les sépare. Elles surmontent deux radiateurs plats, masqués par des écrans de bois mouluré. Des rideaux de coton écru, se repliant laize sur laize, à la façon d'une voile de jonque, coulissent devant. On aperçoit en contrebas la rue de la Braie, bordée par un long immeuble de brique à balustrades et escaliers d'incendie bleus, un petit terrain vague et le restaurant grec Ménélaos à l'angle de la place du Vieux Marché aux Grains, pavée et parcourue en son milieu par une rigole d'eau courante. A droite, on voit les feuillages légers de jeunes platanes et, à l'angle d'Antoine Dansaert, un immeuble recouvert d'un voilage bleu. Le bureau sur lequel j'écris présentement ces mots inoubliables est disposé entre ces deux fenêtres, et perpendiculairement à elles. Bois roux, qui pourrait être de l'acajou mais n'en est sans doute pas, un tiroir central, deux tiroirs à droite et deux à gauche, plateau recouvert d'un faux cuir noir sur lequel sont disposés l'ordinateur, l'imprimante, une lampe articulée, mon agenda, un cahier et un carnet de notes du type « Moleskine » (bien que cela soit hors sujet, je ne résiste pas à la tentation de reproduire ici les premières lignes du boniment, inséré sous un rabat, qui vante en quatre langues cet article : « Molekine est le carnet légendaire qui accompagna les artistes et les intellectuels européens des deux derniers siècles : de Van Gogh à Matisse, des avant-gardes historiques à Ernest Hemingway »). Je suis assis sur un fauteuil de bureau tournant, roulant, réglable en hauteur, tendu, précisément, d'une sorte de moleskine bleue.

Une petite armoire vitrée noire, dont les rayonnages portent quelques livres, se trouve derrière moi, contre le troisième mur, lequel porte encore une affiche, encadrée sous verre, de PASSA PORTA 2004-2005 (liste de noms, de Hafid Aggoune à Liliane Wouters), et une photo d'arbres imprimée sur une haute bande métallique. Dans l'angle avec le dernier mur, deux fauteuils de skaï grenat encadrent une table basse rectangulaire, noire, chargée de livres. Ceux dont les titres sont visibles sont : le tome V des Oeuvres complètes de Roland Barthes, le tome 1 des Nouvelles complètes d'Henry James, dans la Pléiade, le Portrait de l'aventurier, de Roger Stéphane, L'Art Belge 1880-2000, par Michael Palmer, La France et les Juifs de 1789 à nos jours, de Michel Winock, et L'Invention du monde, d'Olivier Rolin, qui justifie en partie ma présence ici. Un luminaire assez gracile (à moins qu'il ne faille dire un lampadaire ? Je n'ai jamais bien su), évoquant un peu un brin de muguet, éclairerait ce coin (s'il faisait nuit...).

Bien des choses mériteraient encore d'être précisées, on pourrait peut-être passer sa vie à une « tentative d'épuisement » de ce bureau bruxellois. Mais, pour le moment, considérons que c'est assez.

Olivier ROLIN, Bruxelles, mai 2006

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Vertaling

Nederlandse vertaling opgenomen in Aankomen in Brussel.Schrijvers op bezoek, cahier van Het beschrijf verkrijgbaar in de boekhandel.

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Passa Porta
3.05.06 > 13.05.06

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